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Les Ramoneurs : « Sortez de vos maisons ! »

(c) Bob NICOL

Loran (c) Bob NICOL

Leur look interpelle certains, mais si tout le monde pensait comme eux, le monde tournerait probablement mieux. Les Ramoneurs de Menhirs sont des artistes engagés et passionnés. Le groupe breton défend aussi une philosophie culturelle : la musique et la scène riment avec énergie et communion. Les Ramoneurs de Menhirs, c’est un punk celtique unique mêlant rock déjanté et culture bretonne. Et derrière ces artistes se cachent des hommes aux valeurs profondes.

Sur scène, quatre compères fusionnent leur énergie pour livrer un spectacle vivant : Richard Bévillon, Eric Gorce, Gwenael Kere et Loran. Vous connaissez peut-être mieux ce dernier, Loran, inconditionnel icône du groupe. Ce fut aussi le guitariste et chanteur mythique du groupe Bérurier Noir qui a fait tant de bruit dans les années 1980. Pour toute une génération, les Bérus, c’est de l’Histoire avec un grand H. Et l’Histoire continue. En attendant le festival Rock’en Pleurs, le samedi 23 mai prochain, on n’a pas pu s’empêcher de faire connaissance avec Les Ramoneurs. Interview exclusive de Loran, sous l’oeil attentionné de son camarade Eric Gorce.

Nés en 2006, Les Ramoneurs de Menhirs se sont depuis forgés un nom en France et en Europe. Venir à Pleurs (Marne), un petit village comme les autres, cela vous inspire quoi ? 

Loran : Avec Rock’en Pleurs, on va être heureux… (rire) Pour nous, tous les concerts sont importants et sont excellents. Et c’est bien de faire de tout, des grandes scènes et des plus petites scènes, car les énergies ne sont pas les mêmes. On adore surtout jouer dans des petits lieux. Cela nous arrive de faire des scènes de 200 places. J’aime bien utiliser cette expression : « Tantôt comme un rat, tantôt comme un roi ! »

Nous sommes un groupe indépendant, c’est à dire indépendant de toutes les majors de l’industrie musicale, et pour nous c’est très important. C’est la clé. Un concert, c’est une énergie entre une bonne association, des artistes et les gens qui y viennent.

Vous êtes une ancienne figure mythique du groupe Bérurier Noir des années 80. Avec Les Ramoneurs de Menhirs, les gens font souvent le lien. La scène vous manquait ?

En fait, je n’ai jamais arrêté ! Après la période Bérurier Noir, j’ai enchaîné sur d’autres projets, j’ai fait des choses beaucoup plus underground. J’ai fait du théâtre de rue, avec la tribu Piro Fort. J’ai joué ensuite avec Ze6, un groupe avec Kick, le chanteur de Strychnine, un des premiers groupes punks français, qui ont fait la première partie de Clash au festival punk de Mont-de-Marsan en 1977… J’ai enchaîné avec les Tromastism, un groupe où on a joué dans les squats à travers l’Europe, à raison de 500 concerts en 5 ans. J’ai fait aussi du théâtre punk avec Le Poulailler, on intervenait dans les fêtes électro…

Les médias ne parlent pas de tout ça, et malheureusement, les gens s’arrêtent à ce que disent les médias. Le Bérurier Noir a marqué les esprits, mais la suite a été également très riche…

(c) Bob NICOL

De gauche à droite : Eric, Loran, Richard et Gwenael              (c) Bob NICOL

Quels changements observez-vous entre les années 1980 et aujourd’hui ? Comment la société et les mentalités ont-elles évoluées ?

Les espaces de liberté se réduisent à vue d’œil. Avant, dans les années 80, une petite association avait les moyens d’organiser facilement un concert, et c’était le cas un peu partout. Et surtout, cela se passait très bien. De nos jours, il y a les normes, les arrêtés préfectoraux sur les horaires, etc. Ces exemples montrent que les espaces de liberté se réduisent énormément en France.

Nous, nous sommes là pour parler de ça. On a vécu l’époque où il n’y avait pas Internet. Cette fameuse époque où il y avait beaucoup plus de connexions entre les gens, où les rapports humains étaient plus chaleureux. On nous fait croire que grâce à Internet les réseaux sont très développés de nos jours, mais c’est archi-faux. Pour donner un exemple, avec les Bérus, il y avait 1000 personnes dans chaque village où l’on jouait, à chaque concert, et pourtant il n’y avait pas Internet.

Avant Internet, la communication était beaucoup plus développée, la vraie communication, comme le bouche-à-oreille. Il y avait les punks voyageurs qui allaient de ville en ville et qui chantaient les louanges de tel ou tel groupe. Il y avait quelque chose de très fort à cette époque qui est tombé aux oubliettes. Après voilà, il faut vivre avec son temps. Mais personnellement, je vis sans Internet, c’est une question de choix.

La communication virtuelle, c’est bien, mais cela doit rester un outil, cela ne doit pas être une fin en soi… Malheureusement, je pense que cet outil est trop utilisé. Pour moi, le slogan de demain c’est : « Sortez de vos maisons ».

Aujourd’hui, tu restes assis derrière ton écran, tu niques sur Internet, tu fais tes courses sur Internet, tu fais des concerts sur Internet… Le problème il est là, car parallèlement, nous vivons dans un système où on stigmatise tout le monde : la vie dehors est désormais vue comme un danger, dehors, ce sont les inconnus, les gens qu’on ne connaît pas… Le vrai risque derrière tout ça, c’est de dériver vers le fascisme. C’est à dire la peur de l’autre. C’est exactement ça. Ce n’est pas un hasard si l’extrême droite fait des scores très élevés actuellement. Il y a vraiment un problème.

(c) Forban Photographie

(c) Forban Photographie

Justement, on retrouve ici des convictions très fortes. Les Ramoneurs de Menhirs, c’est aussi ça, un esprit militant assumé…

Oui. Un engagement, c’est être engagé ! Nous militons à notre échelle, en tant qu’artistes. Ensuite, chaque personne peut être investie dans différents combats. Les sonneurs sont beaucoup investis dans la culture bretonne. Avec les Ramoneurs de Menhirs, nous sommes beaucoup investis dans les luttes par rapport à la terre. C’est le cas en Bretagne, mais aussi par rapport à la planète, au niveau écologique. C’est extrêmement important, pour nos enfants, pour leur avenir.

Un vieux proverbe célèbre indique « qu’on n’hérite pas la Terre de nos ancêtres, mais qu’on l’emprunte à nos enfants ». Cette réalité a été complètement oubliée par la société actuelle. Car la civilisation d’aujourd’hui pense individuellement, tout en se disant : « demain on verra bien ce qu’il se passe ». Je ne suis pas d’accord avec ça. Le respect c’est la base.

Avant de faire une révolution collective des consciences, il faut faire sa propre révolution. C’est facile de stigmatiser les gens, de montrer du doigt les minorités, les étrangers, les personnes différentes. C’est facile de dire « si c’est la merde c’est à cause d’eux ». Je pense que c’est idiot comme raisonnement. C’est à cause de nous que c’est la merde. L’Etat c’est nous. Si le système est comme ça, c’est qu’on le veut bien. Alors arrêtons de nous plaindre et essayons de construire autre chose.

La vie nous le montre bien. Les gens qui connaissent la forêt le savent. Au cœur de la forêt, ce sont les milliers d’essences différentes qui font la vie et la vitalité de toute la forêt.

Ramoneurs de menhirs logoPour des musiciens et des chanteurs, les messages passent surtout par la force des mots ?

Effectivement, mais il y a aussi tout un travail à faire en dehors de la scène. Sur nos concerts, nous tenons à valoriser les gardiens de la fête, par exemple. La société parle de nos jours de « service d’ordre ». Il n’y a pas besoin d’ordre. Il y a juste besoin de gardiens de la fête. La puissance des mots est forte. C’est comme la police. Où sont les « gardiens de la paix » ? Aujourd’hui, il n’y a plus que des « représentants de l’ordre ».

Si l’Homme a inventé un langage, c’est que les mots sont importants. Je suis d’ailleurs convaincu d’une chose : l’Homme s’est mis à parler pour mentir… Regardez les animaux, ils ne mentent pas. Donc à partir du moment où tu te branches sur les sens des gens, sur leurs énergies, comme nous dans un concert, c’est une connexion directe où le mensonge ne peut pas exister. Pour ma part, je me méfie beaucoup des nouveaux médias, car ils tuent lentement nos sens.

Je milite également pour une décroissance totale. Il faut arrêter avec la croissance car si on continue, on va dans le mur. La décroissance, tout de suite les gens se disent qu’on va revenir à l’âge de pierre. C’est faux… Nous sommes des milliards de personnes sur la planète, si les richesses étaient d’abord réparties équitablement, les choses seraient complètement différentes.

Comment veux-tu éduquer les jeunes et leur expliquer le respect, si nous, en tant qu’adultes, nous ne sommes pas foutus d’appliquer le partage. Ce sont des valeurs essentielles. Avec nous, il y a toujours des gamins qui sont là en tournée. C’est important que nos enfants comprennent l’esprit d’un concert. C’est vraiment une communion. C’est la philosophie d’une cérémonie pour moi. Un concert, c’est un endroit et un moment où tous les gens mélangent leurs énergies avec leurs différences.

Propos recueillis le 12 février 2015,

En marge d’un concert à Reims organisé par « Mind the Rock »,

Merci à cette organisation pour l’accueil.

Et rendez-vous le 23 mai 2015 pour Rock’en Pleurs, avec Les Ramoneurs de Menhirs.

Programmation  Rock’en Pleurs 2015

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Les Ramoneurs de Menhirs – Site Officiel

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